Le maire Labeaume, ou comment prendre des décisions

Un rire qui vaut 91% d'intentions de vote
Le maire de Québec est-il un mets exotique qu’il nous faut absolument importer sur nos tables montréalaises?
Certains des succès de Québec, combinés à la sclérose montréalaise, suscitent les discussions, les passions et les idées les plus saugrenues, comme celle d’imaginer d’importer le maire de Québec à Montréal.
Mais c’est impossible. Michel Bergeron ne sera jamais le coach des Canadiens, et le maire Labeaume ne sera jamais le maire de Montréal. C’est comme ça.
Mais qu’y-a-t-il donc de si intéressant à ce personnage, qui se dirige vers un fracassant second mandat en novembre avec 91% d’appui.
Avoir présidé aux succès du 400ème n’est pas la raison. La véritable raison, c’est la capacité du maire Labeaume à décider.
Ça paraît simpliste, et pourtant… Au sein des gouvernements comme dans la plupart des entreprises, la capacité décisionnelle s’est considérablement effritée ces dernières années.
Du temps de Trudeau, de Lesage, de Lévesque, on prenait des décisions. Maintenant, on crée des enfilades de comités à la recherche infinie du consensus. C’est d’ailleurs là-dessus que se sont entendus messieurs Harper et Ignatieff lors de leur dernier tête-à-tête: la création d’un comité.

Et en plus, il reçoit Céline!
En plus de son honnêteté rafraichissante, le maire Labeaume a le talent de décider rapidement.
Or cela, de nos jours, impressionne. Et même, ça réconforte. Les gens réagissent positivement à un dirigeant capable de faire preuve (du moins en apparence) de clairvoyance et de vrai leadership.
Évidemment, décider rapidement implique qu’on puisse se tromper. Big deal! C’est connu, en marketing de nos jours, on n’attend plus que les choses soient parfaites avant de lancer quelque chose, que ce soit un produit ou un service.
Les choses changent tout simplement trop vite maintenant. Les transitions de marchés sont plus rapides que jamais. Qu’on lance d’abord, on améliorera ensuite. Rien ne sera figé pour toujours – l’essentiel est de livrer le premier.
Au Québec cependant, on aime encore se perdre dans les débats. C’est très bien, la recherche du consensus, ça évite de faire de la peine aux gens. Mais ça coûte aussi de l’argent.

État d'avancement du CHUM, treize ans après son idéation. À Montréal, on décide à notre rythme!
Le projet du CHUM, par exemple, est possiblement le cas d’étude le plus représentatif du gâchis généré par l’indécision. Treize années à traîner, des dizaines de millions de dollars en études, et toujours (presque) aucun chantier.
L’erreur typique dans l’administration publique moderne est de chercher absolument une majorité d’appuis avant de prendre une décision. Or souvent, le consensus est impossible à obtenir. Plus le groupe est élargi, plus le processus sera ardu, et les chances de résultats réduites.
La capacité de décision n’a rien à voir avec l’autocratie ou l’archétype politique de «l’homme fort».
Il faut plutôt parler de «minilatéralisme», selon le terme choisi par Moises Naim, éditeur de Foreign Policy magazine. Le minilatéralisme, c’est quand un petit groupe de personnes initient un mouvement, qui se module ensuite en fonction des impératifs de la masse et des forces en présence.
Il y aura toujours des insatisfaits, bien sûr, mais au moins il y aura une fondation à la décision, qui pourra ensuite être élargie et aplanie au gré des besoins, pour rendre les formules plus inclusives. Encore une fois : qu’on lance d’abord, on améliorera ensuite.
Le minilatéralisme, sans être parfait, ne peut être pire que l’excès de multilatéralisme dont le Canada entier semble être une victime. Il n’a pas fait ses preuves, ni au niveau international, ni au niveau local.
La popularité du maire Labeaume, hormis son charisme et sa candeur, s’explique peut-être par sa capacité à pratiquer le «minilatéralisme» à l’échelle du 418, et celle de ses administrés à en accepter les bénéfices.